Dans toute société, le développement est avant tout une question de connaissance et de projection de soi dans le futur ; que la question soit matérielle ou immatérielle ; ou que l’on soit dans un contexte individuel ou collectif.
Contrairement à la conception moderne centrée sur la croissance matérielle, les sociétés traditionnelles africaines placent l’humain, le bien‑être et la vie au cœur du progrès. Malgré cela, elles n’ont ainsi jamais évolué sans perspective, sans créativité ni innovation.
Le développement commence par la formation morale de l’individu : intégrité, respect, honnêteté, justice, sens du travail et de l’éthique. Il inclut aussi le sacrifice pour la famille et la communauté, le dévouement et l’amour.
À cela s’ajoute une dimension spirituelle et émotionnelle essentielle. Les liens d’appartenance, l’altruisme, l’empathie et les croyances d’ensemble constituent la base d’une communauté capable de bâtir un système durable. Ces croyances ne sont pas des objets que l’on remplace ; si elles disparaissent, c’est l’identité même du peuple qui s’efface. Les laisser disparaître, c’est se perdre soi-même sur le chemin du développement.
Le développement, c’est aussi la créativité technique : la maîtrise des matériaux, l’invention d’outils, la mise en place de procédés pour améliorer la chasse, la pêche, la cuisine, les déplacements ou la communication. Les objets traditionnels témoignent encore aujourd’hui de cette inventivité et du développement matériel de nos peuples.
« aucun peuple qui ne croit en son génie créateur ne peut se développer »
Max Weber.
Sur le plan global, le développement moderne est attendu comme une amélioration concrète du quotidien : eau potable, santé, éducation, énergie, infrastructures, opportunités économiques et accès au numérique. Mais cette modernité doit s’intégrer harmonieusement à l’autonomie et aux modes de vie locaux, sans effacer les savoirs ni les structures sociales qui ont façonné les communautés. Il n’aura de sens que s’il respecte l’identité culturelle : traditions, valeurs communautaires, repères ancestraux.
Dans l’idéal, les communautés aspirent à un développement qui concilie progrès et identité, innovation et continuité, ouverture au monde et fidélité aux racines.
Pour y parvenir, l’Afrique doit retrouver et renforcer sa spiritualité, sa créativité, son inventivité et son ardeur au travail. Malgré les obstacles hérités de l’histoire — esclavage, colonisation, fragilité institutionnelle — elle ne doit jamais perdre le lien vital avec sa culture et ses traditions. Comme le rappelait Max Weber, « aucun peuple qui ne croit en son génie créateur ne peut se développer », et Confucius soulignait avant lui que « seule la créativité et l’ardeur au travail élèvent l’homme ».
La dimension immatérielle — comportements, croyances, valeurs — puis la dimension matérielle — objets, techniques, innovations — forment un tout indissociable dans le processus de développement. Nos proverbes, récits et objets traditionnels sont la preuve que ces processus de développement ont existé de tout temps. Mettre en valeur et mieux intégrer cet héritage est une condition essentielle pour bâtir l’Afrique développée d’aujourd’hui et de demain.

